Introduction
Cet article relate la genèse de la Messerschmitt KR 175 dans le contexte de l’époque de sa création. J’évoque l’originalité du concept « Kabinenroller » en rendant hommage à Fritz Fend son concepteur. Vient ensuite la période FMR et les créations ultérieures de Fritz Fend.
Sont détaillées, les caractéristiques des Messerschmitt KR 175 et KR 200.
D’autres voiturettes présentant des analogies apparues à la même époque sont également mentionnées.
Puis sont examinées successivement les miniatures des Messerschmitt KR fabriquées de 1954 à 1963 : le modèle Siku de Type 1 et celui de type 2, un tableau comparatif des deux versions, le modèle JUNO Plast, la miniature Quiralu et enfin le modèle Bandai.
Ce document se termine par quelques réflexions personnelles concernant l’attrait des Messerschmitt KR et de leurs miniatures.


Les Messerschmitt KR et leur créateur
Genèse de la future Messerschmitt.
Sans les circonstances particulières de l’immédiat après guerre, la Messerschmitt KR 175 n’aurait sans doute jamais vue le jour. Dans une Europe en partie détruite, ruinée et épuisée par cinq années de guerre, les matériaux et l’argent manquaient, il fallut imaginer des voitures de petite taille et de faible coût.
En 1945, en plus des destructions, l’Allemagne comptait un grand nombre de mutilés de guerre et elle n’avait plus le droit de fabriquer des avions. Fritz Fend étant ingénieur chez l’avionneur Messerschmitt se retrouva sans emploi.
Fritz Fend conçut et commercialisa dès 1948 des voiturettes très légères pour les handicapés. Les Fend Flitzer prévues pour une seule personne furent d’abord dotées d’un dôme gonflable qui avait tendance à s’affaisser, celui-ci fut remplacé par un dôme rigide articulé vers l’avant. Ces voiturettes connurent un certain succès tant auprès des mutilés que des personnes non handicapées.
Cela encouragea Fritz Fend a imaginer la Fend KR plus ambitieuse et prévue pour deux passagers assis en tandem. Elle était animée d’un moteur de 150 cm3 et fut le prototype de la future Messerschmitt KR.
Ce prototype fut présenté à Willy Messerschmitt en 1952. Dès 1953, la voiturette sera fabriquée à Ratisbonne dans les usines Messerschmitt sous le nom de Messerschmitt KR 175.


Photo d’un ancien document Messerschmitt
présentant une jolie gravure d’une Messerschmitt KR 175 dans un paysage montagnard enneigé.
Photo d’une Messerschmitt KR 175 Siku de premier type vue de profil dépassant une Messerschmitt Siku rose de second type.
Lors de mes recherches, j’ai découvert sur le passionnant site Hemmings.com que Willy Messerschmitt avait, vers 1950, envisagé de produire des automobiles. Dans cet article, on peut visualiser une photo de la Messerschmitt P 511 (berline dotée d’un moteur 5 cylindres de 1000 cm3), ainsi que plusieurs photos et quelques informations concernant la Messerschmitt K 106 à 4 roues, au design plus classique que le « Kabinenroller », animée par un moteur 200 cm3 placé à l’arrière. Ces deux prototypes n’ont jamais été produits en série. Ils semblent avoir disparu.
Singularités de la conception de la Messerschmitt Kabinenroller.
La conception globale et les formes singulières très réussies sont le fruit de l’imagination de l’ingénieur Fritz Fend nourrie par sa première expérience professionnelle acquise chez l’avionneur Messerschmitt entre 1939 et 1945.
Les concepts de légèreté et d’efficacité prônés par Willy Messerschmitt ont probablement influencé l’élaboration de la Fend Flitzer puis de la Fend KR.
Les voitures conçues par des ingénieurs issus de l’aéronautique ont souvent marqué leurs époques par l’originalité de leurs conceptions techniques et par leurs designs épurés à l’esthétique intemporelle. Me viennent à l’esprit : la Tatra 77 de 1934 dessinée par Paul Jaray ou la Jaguar E de Malcolm Sayer.
La carrosserie de la Messerschmitt KR à la fois très étroite et tout en rondeur, se rétrécissant à l’arrière, lui assurait une bonne pénétration dans l’air et une excellente stabilité. Ses formes globales s’inscrivant dans celle d’une goutte d’eau satisfaisaient probablement aux théories des pionniers de l’aérodynamique tels qu’Edmund Rumpler ou Paul Jaray.
La verrière en plexiglas basculant latéralement pour accéder à l’habitacle, inspirée des avions Messerschmitt renforçait sa singularité et sa parenté aéronautique déjà très prononcée par sa face avant arrondie et par l’étroitesse de la carrosserie allongée s’amincissant vers l’arrière comme un fuselage.


Fritz Fend, un créateur de talent à l’esprit ingénieux et imaginatif
Fritz Fend est né le 14 avril 1920 à Rosenheim en Bavière dans une famille de commerçants. En 1939, il obtient le diplôme d’ingénieur aéronautique de l’Université Technique de Munich. Il travaille de 1939 à 1945 chez Messerschmitt comme ingénieur de développement.
Sans travail après la guerre, il réfléchit à la conception d’un petit véhicule qui permettrait la mobilité des nombreux mutilés de guerre. Il crée dans son atelier de Rosenheim un micro véhicule qu’il nomme Fend « Flitzer » (« fend la bise » en français) qu’il produira à partir de 1949 à Rosenheim.
Par la suite, Fritz Fend dévoila le prototype Fend 150 deux places à la presse le 25 juillet 1952. L’auto fut fabriquée à Ratisbonne dans l’usine Messerschmitt et fut baptisée Messerschmitt KR 175 (KR abrégé de Kabinenroller ou scooter à cabine). Environ 15 000 exemplaires furent commercialisés jusqu’en 1955.
Au printemps 1955, résultant de nombreuses améliorations successives de la KR 175, la Messerschmitt KR 200 remplaça la KR 175. La KR 200 sera fabriquée jusqu’en 1964. Environ 40 000 Messerschmitt KR 200 seront produites.
Parallèlement, un triporteur cyclomoteur dénommé « Lastenroller » fut proposé dès 1952.


La Création de FMR, les variantes de la Messerschmitt KR 200 et les dernières inventions de Fritz Fend
La RFA devient membre de l’Otan en 1955 et dès 1956 Messerschmitt-Werke peut à nouveau fabriquer des avions. L’usine de Ratisbonne où étaient fabriquées les Messerschmitt KR 200 est cédée à Fritz Fend qui crée FMR (Fahrzeug-und Maschinenbau Regensburg GmbH). Le nom de Messerschmitt pourra être conservé. Les lettres FMR apparaitront au centre du capot et Messerschmitt sera apposé en lettres chromées sur l’un des côtés de la KR 200. Fritz Fend pourra ainsi continuer la fabrication des Kabinenroller et développer de nouvelles versions :
-La KR 200 Kabrio dotée d’un pare-brise fixe, d’une capote repliable ou d’un toit rigide détachable apparut en 1957.
-La KR 201 roadster, version plus sportive et luxueuse fut proposée à partir de 1958.
-Le Mokuli (contraction des mots Mobylette et colis) remplaça le Lastenroller en 1957, ce petit utilitaire connu le succès et fut produit jusqu’en 1972.
-Enfin la FMR Tg 500 plus sportive surnommée la FMR Tiger possédant 4 roues, un moteur 500 cm3, ne fut produite qu’à 320 exemplaires entre 1958 et 1961 en raison de son prix élevé. Elle pouvait atteindre les 130 km/h et fut commercialisée en version roadster ou avec un dôme transparent.
En 1964 avec l’arrêt de la fabrication des KR 200, Fritz Fend quitta FMR.
Par la suite, il continuera à inventer et collaborera notamment avec Fichtel et Sachs et Hercules Werke. Il créera un cyclomoteur électrique vers 1970.
A plus de 70 ans, il reviendra à l’automobile et imaginera une nouvelle voiture basée sur la philosophie des Kabinenroller : aérodynamisme, légèreté, maniabilité permettant des performances élevées pour une consommation de carburant extrêmement basse.
Le prototype Fend F2000 est une voiture effilée à 3 roues, pourvue d’un grand aileron vertical. Elle est beaucoup plus imposante que les Kabinenroller, les passagers sont assis l’un derrière l’autre. Cette voiture ultralégère est particulièrement aérodynamique avec un CX de 0,11. Elle bénéficie d’un rapport poids/puissance particulièrement favorable. Dotée d’un moteur BMW de 750cm3 de 80 CV entrainant la roue arrière, la F2000 est très performante. Mais faute de financement, ce projet ne connaitra pas de développement. L’unique exemplaire de la F2000 a été conservé et est exposé au musée PS.Speicher à Einbeck en Basse Saxe.
Fritz Fend est décédé en novembre 2000. Il restera dans l’histoire de l’automobile comme le concepteur des kabinenroller, ces véhicules étaient techniquement et esthétiquement très aboutis, mais n’ont pas connu de descendance.




La Messerschmitt KR 175




La production démarre en février 1953, la Messerschmitt KR 175 dérive directement de la Fend 150 présentée six mois auparavant.
Elle a un moteur Fichtel et Sachs monocylindre deux temps à refroidissement par air de 171cm3.
Le rapport poids puissance est excellent.
La boite de vitesse à 4 rapports se commande par les poignées d’un guidon.
La transmission se fait par une chaîne sur la roue arrière.
Le démarreur est électrique.
Le châssis est fait de tubes d’acier soudés recouverts d’une tôle.
La suspension sur les trois roues comprend des tampons de caoutchouc.
Les roues avant sont indépendantes, les freins sont à tambour.
La visibilité est parfaite grâce au dôme transparent.
La Messerschmitt KR 175 autorise une vitesse de croisière de 75km/h et maximale de 90km/h.
Son centre de gravité central et très bas lui procure une bonne tenue de route notamment en virage.
C’est un moyen de transport couvert pouvant accueillir deux personnes assises en tandem, très agile et économique grâce à sa légèreté et son excellent coefficient aérodynamique.
Au début de 1953, la Messerschmitt KR 175 est très proche du prototype Fend 150, lors de la première année de production de nombreuses modifications seront réalisées, apportant des améliorations concernant la mécanique, la carrosserie et le dôme.
Dès novembre 1953, la KR 175 sera produite sous licence en Italie, par la marque de moto Mi-Val (Metalmeccanica Italiana Valtrompia) à Brescia. Un an plus tard, un moteur Mi-Val sera utilisé et le véhicule sera dénommé « Mivalino ».
Quelques exemplaires de la KR 175 seront assemblés en France par Mesta Paris.
Environ 15 000 exemplaires seront produits tous pays confondus.
La Messerschmitt KR 200

Au printemps 1955, la KR 200 remplace la KR 175 qui déjà, avait connu de nombreuses améliorations durant ses deux années de fabrication.
La Messerschmitt KR 200 se distingue visuellement de la KR 175 notamment par des formes globalement plus anguleuses, une voie avant élargie (on passe de 92 cm à 108 cm), des ailes avant découpées et moins arrondies, un dôme plus haut et plus large avec un pare-brise rectangulaire panoramique, des supports de phares plus proéminents. La solidité, la rigidité, la tenue de route, le freinage, l’étanchéité, l’ergonomie, le confort, la finition et l’insonorisation sont nettement améliorés.
Elle reçoit un nouveau moteur monocylindre Fichtel et Sachs plus puissant, de 191 cm3 dont le refroidissement par air est amélioré par une turbine. Le couple du moteur déjà remarquable est encore amélioré. Sa vitesse de croisière passe à 85 km/h et la Messerschmitt KR200 peut atteindre les 100km/h. La boite de vitesse séquentielle à 4 rapports non synchronisés se commande par un levier situé à droite du conducteur.
Grâce à un double allumage inversable constitué de deux bobinages et d’un bouton inverseur, le moteur peu tourner dans les 2 sens, il n’y a pas de marche arrière mécanique proprement dite. Il est théoriquement possible de passer les 4 vitesses en marche arrière. La transmission se fait du moteur à un pignon puis par une courte chaîne protégée par un carter qui entraine la roue arrière.
Le châssis et les supports du moteur sont renforcés.
La direction précise et directe est commandée par un demi volant proche de certains manches d’avion, elle remplace le guidon des KR 175.
L’accélérateur, les freins et l’embrayage sont actionnés par des pédales.
La suspension bénéficie d’amortisseurs hydrauliques.
En août 1955, pour prouver la fiabilité et montrer les excellentes performances de la Messerschmitt KR 200, la KR 200 Super, monoplace profilée mais de même poids que la KR 200 est lancée sur l’Hockenheimring, au bout de 24 heures 22 records sont battus dans la catégorie des moins de 250 cm3. La vitesse moyenne de 106km/h sur 24 heures est dépassée. Ce prototype est conservé au Tecknik Museum de Speyer en Rhénanie- Palatinat.







Autres voiturettes à trois roues conçues avec un dôme transparent au début des années 50.
La Reyonnah, anagramme d’Hannoyer Robert son concepteur, est présentée en 1950. Animée par un moteur de 175cm3, son train avant était repliable pour faciliter le stationnement. L’auto était très innovante et performante (95 km/h) mais par manque de financement seulement quelques exemplaires furent construits jusqu’en 1953. Sa conception est antérieure à celle de la Messerschmitt KR 175.
L’Inter 175A présentée en octobre 1953, conçue par la firme aéronautique SNCAN (Société Nationale de Constructions Aéronautiques du Nord), a été produite jusqu’en 1957. Le train avant était inspiré de la Rayonnah. Sa carrosserie effilée aux deux extrémités avec un phare et un feu rouge central lui donnait un style aviation marqué. Son moteur de 175 cm3 permettait une vitesse de 80 km/h.
Ces deux voiturettes françaises n’ont malheureusement pas été reproduites en jouet à leur époque.
Les Miniatures des Messerschmitt KR
Les miniatures contemporaines à la fabrication des Messerschmitt KR 175 et 200
- Siku : Messerschmitt KR 175 de 1953 (début de production), au 1/60ème
- Siku : Messerschmitt KR 175 de 1955 (fin de production), au 1/60ème
- JUNO Plast : Messerschmitt KR, au 1/43ème
- QUIRALU : Messerschmitt KR 200 de 1955-56, au 1/35ème
- Bandai : Messerschmitt KR 200 de 1956, au 1/14ème
Il existe un petit modèle en plastique à une échelle voisine du 1/60ème dont j’ignore le nom du fabricant et peut-être d’autres que je ne connais pas.


Les Messerschmitt KR 175 Siku
C’est en 1921 que Richard Sieper crée une entreprise de fonderie à Lüdenscheid en Rhénanie du Nord Westphalie. Dès 1940 l’entreprise s’intéresse aux matières plastiques et en 1950 des petits jouets en plastique sont commercialisés sous la marque « Siku » : animaux, figurines et véhicules génériques.
En 1954 est créée la V-Series (verkehrmodelle). Dès la première année de très nombreuses voitures principalement allemandes seront reproduites avec fidélité à l’échelle 1/60.
La Messerschmitt KR 175 de première génération fait partie de cette série. Elle sera fabriquée de 1954 à 1955, puis sera remplacée en février 1955 par une deuxième version de la KR 175, qui est une reproduction des Messerschmitt KR 175 de fin de production. Elle sera fabriquée jusqu’en 1963 par Siku.
Je m’interroge sur le fait que Siku n’ait pas choisi de reproduire ensuite précisément la Messerschmitt KR 200, avec ses ailes découpées moins galbées et son dôme à pare-brise rectangulaire panoramique. Surtout, qu’à cette époque la série V comprenait déjà un nombre impressionnant de modèles généralement reproduits très fidèlement.
Mais peut-être que cette miniature n’aurait pas été aisée à réaliser à l’échelle 1/60 (4,7 cm de long en plastique fin) et que refaire un moule avec des ailes échancrées aurait abouti à une miniature trop fragile ?
Si l’on examine avec attention les deux versions Siku, on s’aperçoit que la deuxième version possède certaines des évolutions caractérisant la KR 200, comme la voie avant élargie, une carrosserie plus anguleuse avec une arrête prononcée au centre du capot, un dôme plus large, plus haut, moins bombé mais toujours avec le pare-brise étroit de la KR 175.
La Messerschmitt KR 175 a connu de nombreuses modifications au cours de ses deux années de production et en 1955, elle avait déjà un aspect plus proche de la KR 200 que la KR 175 de 1953 dérivant directement du prototype Fend 150.






Comparaison des deux versions de la Messerschmitt KR Siku.
| Années de production | 1ère version (1954-février 1955) | 2ème version (février 1955-1963) |
| Aspect générale de la carrosserie | Formes arrondies, détails peu marqués | Formes plus anguleuses, détails mieux représentés |
| Capot avant | Nez très arrondi, plus court, nervure centrale en creux peu marquée, sigle Messerschmitt petit et peu détaillé | Plus long, large et pointu, avec nervure centrale proéminente, le rapace en vol stylisé du sigle Messerschmitt est finement représenté. |
| Phares | Petits, supports très courts | Plus grands, supports plus longs et proéminents |
| Ailes avant | Très arrondies, petites | Arrondies mais plus longues, plus larges et plus hautes |
| Dôme | Bombé, plus bas et étroit | Plus anguleux, plus haut, plus large |
| Vitres coulissantes | Plus basses, à peine figurées | Plus hautes, mieux déssinées |
| Pare-brise | Très arrondi, moins haut | Plus haut, moins arrondi, mieux figuré |
| Flancs | Très simples, reliefs peu marqués | Reliefs mieux marqués, grilles de ventilation agrandies |
| Partie arrière, grilles, plaque | Arrondie, plongeante, plus courte, grilles petites en relief et placées bas, très petite plaque inclinée | Plus anguleuse, plus longue, grille en creux situées plus haut, plaque plus grande avec immatriculation visible |
| Feux rouges | Minimalistes sans support, placés trop bas | Avec support plus long dans le prolongement de la carrosserie |
| Châssis et roues | Plastique gris argent, plus fin, avec sigle Siku sur le côté gauche, intérieurs des roues légèrement plus fins et stries figurants le crantage des pneus plus espacées (roues de premier type pour la série V) | Plastique gris argent ou plastique gris mat pour les versions tardives, plus épais, avec sigle Siku à l’avant et deux excroissances latérales en avant des roues pour sans doute améliorer la solidité de la miniature, les faces internes des roues sont renforcées, les stries des pneus sont plus rapprochées |
La première version de la Messerschmitt KR 175 Siku semble donc n’avoir été fabriquée que pendant environ une seule année et si l’on ajoute sa grande fragilité, nous avons les raisons de son assez grande rareté.
Le rouge bordeaux est la seule couleur que je connaisse pour cette miniature. Ce rouge est réaliste car c’était apparemment l’une des teintes qui était proposée par Messerschmitt.
La seconde version a été produite pendant 8 ans, les couleurs les plus courantes sont le bleu clair, le bleu vif, le bordeaux puis le rose moins fréquent. Les couleurs rares à très rares sont le vert clair, le jaune et le gris argent qui pourrait n’être qu’une couleur d’essai.
Le fabricant de jouets JUNO Plast
JUNO Plast était un petit fabriquant danois de jouets en plastique moulés par injection. Il fabriquait principalement des dinettes, du mobilier miniature et des véhicules génériques. Ces jouets furent essentiellement vendus dans les années 1950 et 1960 au Danemark et en Suède, très peu au Pays-Bas, en Belgique, en Allemagne ou en France. Il semble qu’il n’y ait jamais eu de catalogue de la marque. Les seuls documents existants sur les productions JUNO Plast sont des catalogues de distributeurs danois comme ceux de BR Legetøj (Franz og Brødrene Legetøj ; en français « jouets Franz et Frères »). Les fabrications JUNO Plast étaient souvent commercialisées sans inscription JUNO sous le châssis comme c’est le cas pour la Messerschmitt KR.
C’est grâce au livre danois « Danske Modelbiler de 1935 à 1965 » de Dorte Johansen et Hans Hedegård, édition Samuel Børsen 2002, de 151 pages, traitant des miniatures automobiles danoises autres que Tekno, que j’ai eu la confirmation que la très belle Messerschmitt KR au 1/43ème que je possède est bien une fabrication JUNO Plast.
N’ayant pas pu me procurer cet ouvrage qui est peu courant aujourd’hui, c’est un ami collectionneur qui m’a très aimablement montré la page où est représentée la miniature. Cette page présente deux Messerschmitt JUNO, l’une rouge vif, l’autre bleu roi, un prix de 600 couronnes danoises est indiqué (prix d’estimation, prix de réserve ou bien prix d’adjudication ?). Très peu de texte accompagne la photo, il est simplement mentionné le nom de la maison de vente aux enchères Frederiksberg Auktionshus de Copenhague qui est toujours en activité. La photo des deux Messerschmitt KR JUNO provient donc à priori d’un catalogue antérieur à 2002 de cette maison de vente .
Durant ces dernières années, il semble qu’aucune Messerschmitt JUNO Plast n’a été proposée à la vente par la maison Frederiksberg, cela confirme que cette miniature est peu courante même au Danemark.
Existe-t-il d’autres modèles comparables produits par JUNO Plast en dehors des véhicules génériques ?

Description de la Messerschitt KR JUNO Plast
La Messerschmitt JUNO Plast mesure 6,55 mm de long, elle est donc exactement reproduite à l’échelle 1/43ème.
Elle est réalisée avec un plastique dur, brillant et teinté dans la masse, a priori du polystyrène.
Bien que les ailes avant ne soient pas échancrées comme sur les KR 175, le capot avec arrête centrale, le pare-brise panoramique et le volant de type aviation bien reproduit, sont ceux de la Messerschmitt KR 200.
Le jouet est simple mais bien fini avec les optiques de phares peintes en jaune, les feux rouges sont également peints, le macaron Messerschmitt du capot est lui souligné en noir, les baguettes chromées du capot sont finement soulignées en blanc, les grilles de ventilation et la plaque d’immatriculation ne sont pas représentées. Au niveau du dôme en plastique transparent emboité et collé sur la carrosserie, le pare-brise et les vitres latérales sont à peine figurés par une gravure en relief.
Le châssis est emboité et collé avec précision sous la carrosserie.
Sur les versions vertes ou rouges, le châssis en plastique jaune est lisse, sans inscription dessous, les sièges, le tableau de bord et le volant sont attenants à celui-ci. Pour la version bleue le châssis et l’intérieur sont gris argent.
Les très belles roues en laiton tourné qui lestent la miniature mesurent 1 cm de diamètre. La roue arrière est formée de deux roues soudées entre elles, pour peut-être améliorer la stabilité du modèle qui roule particulièrement bien.
La conception et la réalisation de la Messerschmitt KR JUNO Plast ont été particulièrement soignées et réussies, il en résulte une très jolie miniature.
Bien que la partie arrière semble un peu trop courte, le dôme trop symétrique et trop arrondi et que le modèle soit un hybride de KR 175 et de KR 200, ce jouet épuré et stylisé est sans nul doute l’une de mes miniatures préférées.
Le modèle existe au moins dans trois colories :
– carrosserie vert menthe/châssis et intérieur jaune vif
– carrosserie rouge vif/châssis et intérieur jaune vif
– carrosserie bleu roi/châssis et intérieur gris argent
Dans le livre de Dorte Johansen, il est mentionné que cette miniature date de 1955.









Les Messerschmitt KR 200 Quiralu
La Messerschmitt KR 200 superbement réalisée par QUIRALU est apparue en 1958, elle a été fabriquée jusqu’en 1961.
Elle est à l’échelle 1/35ème et mesure 8,2 cm de long.
Voici une autre superbe miniature, qui existe en trois variantes bicolores.
-rouge carmin/ailes blanches.
-vert d’eau/ailes vert gris
-bleu gris clair/ailes bleu soutenu
Ces versions avec les ailes entièrement peintes d’une deuxième couleur semblent avoir été proposées pour certains millésimes par Messerschmitt, mais le plus souvent, seul les bords extérieurs des ailes étaient d’une couleur différente.
Les phares, le sigle Messerschmitt et le fin pare-chocs avant sont figurés en argent. Les feux arrières sont peints en rouge et la plaque arrière en noir.
Le conducteur comparable à un motard semble toujours peint en bleu soutenu avec un visage rose. Celui-ci procure beaucoup de charme et de réalisme à la miniature.
Il est curieux que Quiralu l’ait représenté comme un motard, tête casquée ou encapuchonnée, alors que justement, l’un des atouts majeurs de la Messerschmitt KR 200 était de permettre de se déplacer en tenue de ville, sans se mouiller ou se salir. Sur les nombreux catalogues d’époque, on voit souvent la KR 200 conduite par un homme en costume de ville ou par une femme élégante avec le slogan : « permet de se déplacer sans se mouiller et sans froisser ses vêtements ». Les rééditions Quiralu de 1985 n’ont jamais de conducteur.
Le châssis est peint en gris foncé ou en noir.
Les très belles roues en métal tourné sont chaussées de petits pneus blancs qui ne s’altèrent pas avec le temps.
Bien que les formes soient un peu stylisées, les ailes avant pas assez galbées et un peu étroites, le pare-brise un peu trop plat, les lignes et les proportions sont très bonnes.
La Messerschmitt KR 200 est un superbe jouet qui devait susciter la curiosité et l’admiration des enfants de l’époque.
Cette miniature était devenue très rare dans les années 1960, je ne l’ai jamais vu dans un bazar ou chez un marchand de jouets. Ce n’est qu’à la fin des années 1970, au cours d’une bourse de jouets anciens, sans doute lors de l’une des premières éditions de Toymania à l’hôtel PLM Saint-Jacques à Paris, que j’ai découvert avec émotion la Messerschmitt KR 200 Quiralu.
Son existence m’était connue depuis 1967 grâce au Catalogue Mondial des Modèles Réduits.











Son intéressante boîte arbore sur deux faces une représentation stylisée mais plutôt réussie de la KR 200, les caractéristiques techniques sont détaillées sur une autre face (moteur et dimensions).
Sur la dernière face, il est mentionné Type KR 200 et 201, ce qui est une erreur car la KR 201 désigne la version cabriolet.



Messerschmitt KR 200 Bandai au 1/14ème
La grande marque japonaise Bandai, fondée par Naoharu Yamashina en 1950 à Tokyo, a réalisé en 1956 une superbe réplique au 1/14ème de la Messerschmitt KR 200 en tôle dotée d’un moteur à friction. Elle mesure 20 cm de longueur. Il est possible de faire basculer le dôme transparent sur le côté pour admirer l’intérieur joliment reproduit, cela permet de mieux apprécier le revêtement à carreaux des sièges, le tableau de bord avec boutons et cadrans ainsi que le volant de type aviation. Cette miniature existe en rouge vif, en bleu clair, d’un joli vert vif et probablement dans d’autres teintes.
Je ne possède pas cette miniature peu courante et assez prisée mais il m’a paru indispensable de la mentionner.
De nombreuses répliques principalement à l’échelle 1/43èmedes Messerschmitt KR 175 et KR 200 ont été réalisées depuis les années 1990.
Conclusion

L’oiseau de proie en vol stylisé du sigle Messerschmitt est bien visible sur ce document grossi.
La Messerschmitt KR est l’un des microcars les plus réussis de son époque, ses qualités de fabrication, sa singularité et ses qualités dynamiques fascinent toujours les amateurs de véhicules anciens.
Contempler ou conduire le Kabinenroller est sans doute propice à la rêverie.
J’imagine qu’un conducteur et un passager se déplaçant dans une Messerschmitt KR 200, peuvent avoir l’impression qu’ils voyagent dans une bulle transparente, qu’ils ressentent une impression de liberté tout en se sentant protégés. Ils perçoivent en permanence les changements de luminosité et ont une vision à 360o sur tout ce qui les entoure, la ville, les paysages, les nuages, le ciel et les étoiles.

Les miniatures des KR 175 et KR 200 exercent elles aussi une attraction particulière.
Le dôme totalement transparent singularise ces miniatures par rapport à toutes les autres, leurs procurant un aspect moderne et même futuriste. Il faut se souvenir que les vitrages sur les miniatures ne se sont généralisés qu’à la fin des années 1950, les Dinky Toys France avec vitres ne sont apparues qu’en 1959.
J’imagine la fascination que pouvait exercer une Messerschmitt KR miniature sur un enfant des années 1950, qui la découvrait pour la première fois dans une vitrine de magasin.
Jouer avec une Messerschmitt miniature devait fortement stimuler l’imaginaire des enfants ayant la chance d’en posséder une.
Aujourd’hui, avoir entre ses mains une Messerschmitt Quiralu, JUNO ou Siku et l’observer attentivement est toujours, pour moi, une source d’étonnement et d’impressions esthétiques agréables.


*Les photos publiées dans cet article ont pour sujet les miniatures de ma collection personnelle, le plus souvent mises en scène dans des décors naturels traversés par une route miniature. Les photos de documents ont été réalisées à partir de documents Messerschmitt anciens.
(1) Photos reproduisant des pages ou des détails de pages d’un magnifique catalogue de la Messerschmitt KR 200 de 1955 que je possède.

